samedi 9 juillet 2011

God-forsaken.

7 octobre 1824

Je dansais encore avec Simon, tandis que lui valsait grossièrement avec mon décolletage, lorsqu'une cascade de voix se répandit dans la salle, de plus en plus forte, avant qu'un silence soudain ne s'installât. L'orchestre s'arrêta de jouer en hâte dans un grincement d'archets tandis que tout le monde se taisait. Je jetai un œil autour de la pièce, perplexe, jusqu'au moment où mes yeux se posèrent sur la chose qui attirait tant d'attention. Ou plutôt, la personne. Là-bas, près des portes, son regard reflétant sa fureur, se tenait Antoine de la Verrière.

N'ayant jamais été un bel homme, il n'en demeurait pas moins terrifiant et magnifique, alors qu'il regardait avec insistance l'assemblée qui lui faisait face. Il avait l'air incroyablement élégant, avec sa cravate blanche qu'il avait nouée quasiment en haut du cou et un gilet noir sous sa veste en soie. Des boutons de manchettes d'un blanc impeccable constituaient l'ultime détail de sa tenue raffinée.

Son regard balaya la salle, et lorsque ses yeux se posèrent brièvement sur les miens, je les sentis comme une caresse physique. Je m'avançai vers lui, comme attirée par un fil qui me tirait, et entendit à peine la voix indignée qui chuchotait derrière moi, « Eh ? Qu'est-ce que tu fais ? »



30 octobre 1824 - 20h

« Mademoiselle de Lacour, m'accorderez-vous cette danse ? »

Ma main s'éleva et vint se placer dans sa paume chaude et légèrement rêche, sans que je ne lui en eût rien demandé. Ses doigts se refermèrent sur ma main, et il la tira doucement. Je me levai de ma chaise, plaçai mon regard dans ses yeux d'un noir incroyable, et soupirai. J'étais sans espoir. J'avais atteint le point de non-retour il y avait bien longtemps, sans que je ne m'en fusse aperçu.

Il me guida vers la piste de danse alors que des premiers accords de Bach flottaient à travers la pièce, et nous emboîtâmes nos pas sur la cadence lente d'une Allemande.

Alors que je tournoyais en rythme, je levai les yeux et vit qu'il me regardait, d'un air d'envie si douce que j'en oubliai de respirer. Je penchai ma tête sur le côté et lui adressai un sourire hésitant, n'ayant aucune idée de la manière d'attiser cette flamme minuscule de désir que je voyais enfouie si profondément dans son regard. J'exerçai une légère pression sur sa main, et au tournoiement suivant, je sentis ses doigts effleurer ma taille d'une manière qui sembla me liquéfier sur place. Je le regardai à nouveau, et déglutit, ma bouche devenue étrangement sèche sous son regard persistant. Je sentais l'atmosphère alentour s'alourdir avec nos pas. Utilisant le prétexte de la danse, nos mains semblaient s'attarder puis s'en aller furtivement l'une contre l'autre, tels des amants interdits, se cachant à la vue de tous.

Il me fit tournoyer une dernière fois, et la musique se finit. Je chancelai doucement vers lui, tandis que ses prunelles s'emplissaient d'une douleur terrible. Pensait-il toujours que je ne m'étais pas vouée à lui corps et âme ? Pensait-il qu'il venait de me violer par ses caresses impudentes, le regrettait-il ? J'approchai ma main de son visage, et chuchotai, « Dites-moi... », mais il se détourna de moi sans un mot. Je l'observai se frayer un chemin entre les autres danseurs, puis à travers les tables, avant qu'il ne sortît par les portes gigantesques de la salle.

J'étais abandonnée, seule au milieu de la piste alors que de nouveaux accords retentissaient, me sentant complètement désorientée et perdue.



30 octobre 1824 - 23h30

D'une main, il saisit ma nuque et m'attira dans une étreinte passionnée avant de s'en dégager à nouveau, puis me tourna face au miroir qui s'imposait au-dessus de l'âtre de la cheminée. Il fit un pas en arrière, me plaçant devant lui, et enroula son bras autour de ma taille, me laissant reposer contre sa poitrine. J'observai nos deux reflets dans le miroir, choquée par l'air indompté qui paraissait sur nos visages.

« Tu ne comprends pas vraiment ce que tu veux, » dit-il d'une voix profonde et rauque qui me transperça jusqu'à la moelle. « Tu es innocente. Je ne l'ai jamais été. » Il effleura ma joue, et je m'appuyai contre lui, recherchant son toucher. Ses lèvres vinrent s'approprier mon cou exposé, et je laissai échapper un glapissement lorsqu'il me mordit légèrement, avant de chasser la douleur par un autre baiser.

« J'envie ton innocence de manière irrésistible, ma douce. Elle m'attire comme une drogue. » Ses lèvres tracèrent un chemin le long de mon cou jusqu'au lobe de mon oreille, et il murmura, « Si tu restes, je te la volerai. »

Je sentis la panique me gagner à ses mots. L'emprise de ses mains se fit plus légère, mais il ne me lâcha pas pour autant. Il me donnait le choix. Je ravalai ma peur et reposai à nouveau ma tête contre son épaule.

« Je ne souhaite pas partir, » lui murmurai-je. Je sentis un frisson me parcourir de la tête au pied, face à mon audace.

« Est-ce que tu as peur ? »

« Un peu. »

« Tu es si imprudente... Tu me fais bien trop confiance. Depuis toujours. Tu aurais dû avoir peur lorsque tu m'as rencontré dans le parc, il y des années de cela. Tu devrais être terrifiée, maintenant. »

Il glissa ses doigts le long de mes cheveux, et nous les observâmes tous deux se défaire de la pince qui les retenait, puis venir se déposer doucement sur ma poitrine.

« Pourquoi devrais-je vous craindre ? »

Il ne répondit pas à ma question, disant à la place, « Simon te rendrait plus heureuse. Le fils du pasteur également. »

« Pourquoi ? Comment pouvez-vous encore me dire de telles choses, lorsque vous savez que vous êtes celui que je veux ? »

« Parce qu'ils sont purs, comme toi. Je te souillerai. Je te corromprai. Je te traînerai avec moi dans la boue, et te détruirai. »

« Vous ne pouvez rien faire de cela. »

« Si, ma douce de Lacour, je le peux. Je blesse les femmes que je porte en estime. Si tu avais de l'esprit, tu t'enfuirais loin d'ici pour ne plus jamais jeter de regard en arrière. »

« Non. Je reste. »

— 17h00
« Oh, but I very much like it, sir. »
His eyes flew open, and he looked at me with a trace of incredulity mixed with his lust.
« Bloody hell, woman, call me by my name ! »
I smiled, and knew it was more feral than sweet. « Antoine... » I said, tasting the forbidden syllables on my tongue, and finding them luscious.