16 Janvier 2010
Je n'imagine pas à quoi je dois ressembler, debout devant la scène, droite comme un piquet, dans ma petite robe bustier. Autour de moi, les gens sautent et s'agitent, me bousculant un peu sur leur passage, mais mes pieds restent fixés sur le sol. Je suis trop subjuguée, je veux garder toutes mes forces pour me concentrer sur les vibrations. César est là juste devant moi, il chante avec une ferveur qui m'excite. Ses paupières à demi-ouvertes laissent percer un regard qui semble me fixer, quand en réalité il se perd dans le vide, en transe. Mais cela me donne l'impression qu'il ne chante que pour moi, et me remplit d'une sensation de béatitude qui ne veut pas me quitter. Sa voix s'ancre au plus profond de moi, un peu rauque et si puissante. César a quelque chose dans sa façon de prononcer les mots qui transcrit la conviction qu'il a en ses chansons. C'est magnifique, et cela me berce, m'atteint, m'enchante. Ses lèvres entrouvertes font l'amour au micro, elles le frôlent, le chérissent, hurlent, chuchotent. Ses doigts quant à eux s'agitent sur les cordes de la guitare rouge cerise, si légers qu'on dirait qu'il les caresse avec une tendresse affriolante.
Cette nuit, je tombe amoureuse d'un musicien et de son visage d'ange un peu enfantin qui contraste pourtant avec la grosse bague qu'il porte à l'annuaire gauche et avec les paroles qui s'échappent de ses lèvres. Fais-moi l'amour, je sais que tu aimes ça. Je sens mes amis qui me rejoignent, à un moment. « Tu es toujours là, toi ? On retourne en haut boire un coup, tu viens ? » Non, je ne viens pas. « Mais ça te dérange pas, de rester toute seule ? » Un regard leur suffit pour comprendre que je ne me sens pas seule du tout, absorbée par la musique. « T'es sérieuse, t'aimes bien ce groupe ? » Oui. J'aime le chanteur charismatique et ses regards qui ont l'air si mystérieux lorsqu'il baisse les yeux vers le public et sa voix qui souffle dans mes oreilles comme une légère brise pour ensuite raisonner jusqu'à m'envahir jusqu'au bout des orteils et son torse pâle que j'ai aperçu quand il a déboutonné le col de sa chemise.
Apparemment, je ne suis pas passée inaperçue. À la fin du concert, César se baisse et son visage est juste à quelques centimètres du mien. « Tu as apprécié le concert ? » Surprise, je réponds bêtement un petit oui. « On ne dirait pas pourtant. Tu sais à quel point ça a été frustrant de te voir aussi immobile ? » Non, je ne sais pas. Je suis désolée. Je trouvais que c'était un gâchis de bouger sur cette musique, et que je n'en aurais pas profité jusqu'au bout. Ma réponse semble le contenter, et il me sourit franchement. « Tu sais que je n'ai pas arrêté de te regarder pendant tout le concert juste pour que tu me décroches un petit sourire ? Ça n'a même pas marché ! » Ah. Vraiment. Ah. Je pensais que c'était un effet d'optique et qu'il fixait juste un point lointain. Et que j'étais sur le chemin. Cela semble l'amuser. Il me fait un clin d'œil. « Est-ce que tu as le temps de rester un peu ? Va m'attendre dans les coulisses, si tu peux, j'arrive. »
21 Juin 2011
Un an et demi plus tard, jour pour jour, je n'ai rien oublié. Je n'ai jamais ré-écouté leurs chansons, je ne les ai jamais revus en concert. Jamais personne ne m'a mentionné leur nom entre temps. Et pourtant, au pied de l'estrade, toujours juste en face de César, je me rappelle de tout. Il est toujours là avec ses petits regards en coin et son sourire ravageur, ses cris de sauvage qui déchaînent la salle. Je me rappelle des baisers volés dans la petite salle obscure où ils entreposaient leurs affaires, ses caresses sur mon dos nu. Oh que oui, il m'avait rejoint dans les coulisses, et il avait même fait bien plus que ça. Ses lèvres contre ma nuque, qui aujourd'hui murmurent des mots tendres au micro. Il a l'air d'avoir beaucoup plus d'assurance sur scène, conscient de la notoriété qu'il a gagnée en 18 mois. Déjà qu'il en avait beaucoup... Il a l'air de se prendre pour le roi du monde, là. Ça me donne envie de lui rabattre son clapet, mais au fond, je ne m'en plains pas. Il joue sur son image et en profite, aguiche ses meilleures groupies et les entraîne dans un délice de sensations qui n'a plus rien de musical après la fin du set. Me sentir utilisée et jetée comme un simple objet, c'est le monde à mes pieds quand c'est César qui en est la cause. Ce salop. Il déprave les filles aussi naturellement qu'il respire, et pourtant j'avais eu la sensation d'être encore plus pure et innocente en quittant ses bras que lorsqu'il m'y avait attirée. Il sait jouer avec les mots, flatteur. Et quand les mots ne suffisent plus, il peut bien dire n'importe quoi, même les choses les plus fantasques : ses timbres de voix si prodigieux font tout le travail pour lui.
Encore une fois, je sens son visage tout proche du mien, alors qu'autour de moi les corps sautent et les mains applaudissent de plus belle. « Toi, tu es la fille de l'International. » Oui. « Tu m'attends ? Je ne serai pas long. On rentre chez moi, ce soir. » Je le regarde, hébétée. Est-ce que j'ai bien compris ce qu'il vient de me dire ? Et mon avis, il me l'a demandé, mon avis ? Mais au fond, il sait tout comme moi qu'il n'a pas besoin. Il m'aurait pris la main sans rien me dire que je l'aurais suivi quand même. Alors ouvre-moi ces deux jambes, que je puisse m'immiscer, maintenant, doucement... Je rentre chez moi.
Je n'imagine pas à quoi je dois ressembler, debout devant la scène, droite comme un piquet, dans ma petite robe bustier. Autour de moi, les gens sautent et s'agitent, me bousculant un peu sur leur passage, mais mes pieds restent fixés sur le sol. Je suis trop subjuguée, je veux garder toutes mes forces pour me concentrer sur les vibrations. César est là juste devant moi, il chante avec une ferveur qui m'excite. Ses paupières à demi-ouvertes laissent percer un regard qui semble me fixer, quand en réalité il se perd dans le vide, en transe. Mais cela me donne l'impression qu'il ne chante que pour moi, et me remplit d'une sensation de béatitude qui ne veut pas me quitter. Sa voix s'ancre au plus profond de moi, un peu rauque et si puissante. César a quelque chose dans sa façon de prononcer les mots qui transcrit la conviction qu'il a en ses chansons. C'est magnifique, et cela me berce, m'atteint, m'enchante. Ses lèvres entrouvertes font l'amour au micro, elles le frôlent, le chérissent, hurlent, chuchotent. Ses doigts quant à eux s'agitent sur les cordes de la guitare rouge cerise, si légers qu'on dirait qu'il les caresse avec une tendresse affriolante.
Cette nuit, je tombe amoureuse d'un musicien et de son visage d'ange un peu enfantin qui contraste pourtant avec la grosse bague qu'il porte à l'annuaire gauche et avec les paroles qui s'échappent de ses lèvres. Fais-moi l'amour, je sais que tu aimes ça. Je sens mes amis qui me rejoignent, à un moment. « Tu es toujours là, toi ? On retourne en haut boire un coup, tu viens ? » Non, je ne viens pas. « Mais ça te dérange pas, de rester toute seule ? » Un regard leur suffit pour comprendre que je ne me sens pas seule du tout, absorbée par la musique. « T'es sérieuse, t'aimes bien ce groupe ? » Oui. J'aime le chanteur charismatique et ses regards qui ont l'air si mystérieux lorsqu'il baisse les yeux vers le public et sa voix qui souffle dans mes oreilles comme une légère brise pour ensuite raisonner jusqu'à m'envahir jusqu'au bout des orteils et son torse pâle que j'ai aperçu quand il a déboutonné le col de sa chemise.
Apparemment, je ne suis pas passée inaperçue. À la fin du concert, César se baisse et son visage est juste à quelques centimètres du mien. « Tu as apprécié le concert ? » Surprise, je réponds bêtement un petit oui. « On ne dirait pas pourtant. Tu sais à quel point ça a été frustrant de te voir aussi immobile ? » Non, je ne sais pas. Je suis désolée. Je trouvais que c'était un gâchis de bouger sur cette musique, et que je n'en aurais pas profité jusqu'au bout. Ma réponse semble le contenter, et il me sourit franchement. « Tu sais que je n'ai pas arrêté de te regarder pendant tout le concert juste pour que tu me décroches un petit sourire ? Ça n'a même pas marché ! » Ah. Vraiment. Ah. Je pensais que c'était un effet d'optique et qu'il fixait juste un point lointain. Et que j'étais sur le chemin. Cela semble l'amuser. Il me fait un clin d'œil. « Est-ce que tu as le temps de rester un peu ? Va m'attendre dans les coulisses, si tu peux, j'arrive. »
— 01:21
21 Juin 2011
Un an et demi plus tard, jour pour jour, je n'ai rien oublié. Je n'ai jamais ré-écouté leurs chansons, je ne les ai jamais revus en concert. Jamais personne ne m'a mentionné leur nom entre temps. Et pourtant, au pied de l'estrade, toujours juste en face de César, je me rappelle de tout. Il est toujours là avec ses petits regards en coin et son sourire ravageur, ses cris de sauvage qui déchaînent la salle. Je me rappelle des baisers volés dans la petite salle obscure où ils entreposaient leurs affaires, ses caresses sur mon dos nu. Oh que oui, il m'avait rejoint dans les coulisses, et il avait même fait bien plus que ça. Ses lèvres contre ma nuque, qui aujourd'hui murmurent des mots tendres au micro. Il a l'air d'avoir beaucoup plus d'assurance sur scène, conscient de la notoriété qu'il a gagnée en 18 mois. Déjà qu'il en avait beaucoup... Il a l'air de se prendre pour le roi du monde, là. Ça me donne envie de lui rabattre son clapet, mais au fond, je ne m'en plains pas. Il joue sur son image et en profite, aguiche ses meilleures groupies et les entraîne dans un délice de sensations qui n'a plus rien de musical après la fin du set. Me sentir utilisée et jetée comme un simple objet, c'est le monde à mes pieds quand c'est César qui en est la cause. Ce salop. Il déprave les filles aussi naturellement qu'il respire, et pourtant j'avais eu la sensation d'être encore plus pure et innocente en quittant ses bras que lorsqu'il m'y avait attirée. Il sait jouer avec les mots, flatteur. Et quand les mots ne suffisent plus, il peut bien dire n'importe quoi, même les choses les plus fantasques : ses timbres de voix si prodigieux font tout le travail pour lui.
Encore une fois, je sens son visage tout proche du mien, alors qu'autour de moi les corps sautent et les mains applaudissent de plus belle. « Toi, tu es la fille de l'International. » Oui. « Tu m'attends ? Je ne serai pas long. On rentre chez moi, ce soir. » Je le regarde, hébétée. Est-ce que j'ai bien compris ce qu'il vient de me dire ? Et mon avis, il me l'a demandé, mon avis ? Mais au fond, il sait tout comme moi qu'il n'a pas besoin. Il m'aurait pris la main sans rien me dire que je l'aurais suivi quand même. Alors ouvre-moi ces deux jambes, que je puisse m'immiscer, maintenant, doucement... Je rentre chez moi.
— 12:29
WOLFGANG
WOLFGANG