lundi 21 octobre 2013

Ivre de vie.

L'ivresse. C'est cette sensation de chaleur qui me prend aux tripes. Elle part de mon cœur et m'envahit tout doucement jusqu'à la pointe des doigts. Dans ma tête, ça grésille un peu. Le monde tangue et tout s'enflamme. Prise dans le tourbillon des étincelles qui s'agitent, je ferme les yeux et j'oublie tout. Le bonheur est là, il n'attend que moi alors je le laisse me prendre dans ses bras. La braise rougit, les cendres s'envolent : je ne fais qu'un avec ces flammes qui me lèchent. Je danse avec elles et cela m'emporte à l'autre bout du monde. En haut, les étoiles me regardent et tout à coup je suis consciente qu'elles sont à portée de main, dans la folie de cette bulle de lumière.

Cette ivresse, je l'ai trouvée plusieurs fois.

Parfois violente, elle ne prévient pas et s'immisce soudainement dans mon esprit. Perfide, elle s'attaque à l'âme et débute sa corrosion sans attendre. Intense, c'est l'ivresse qui détruit, donnant l'impression d'un bonheur éternel alors qu'elle n'est qu'éphémère. Elle repart aussi vite qu'elle est venue, me laissant brisée et malade. Et de tous les pores de mon corps, mon esprit veut s'évader, évacuer toutes ces toxines qui m'empoisonnent. Les moments de joie vécus m'apparaissent comme un mensonge, et je me sens trahie par cette diablesse d'ivresse. Chez moi, elle a eu un nom – Alexander – et je n'ai plus été la même après son passage. Elle a imprimé ses traces sur mon corps, me donnant des relents de souvenirs qui me laissent un goût amer dans la bouche.

C'est l'ivresse acide, celle qui laisse un mal de crâne que rien ne peut soigner. C'est l'ivresse impardonnable, celle qui me fait promettre que je ne la laisserai plus jamais me posséder.

D'autres fois elle se fait discrète, elle m'accompagne sans que je ne m'en aperçoive. Et puis j'oublie de l'entretenir, alors elle redescend puis me quitte et je me rends compte à quel point je dépendais d'elle. Elle me tenait par la main et me disait quoi faire : sans elle mes membres tremblent, mon esprit est embrumé. Seule, je me réveille en sursaut la nuit avec la sueur qui perle au front. Perdue face aux autres, je fais tout pour qu'elle revienne. Il me faut boire à nouveau, la convaincre que je la mérite. Cependant un doute subsiste et ma volonté en frémit. Je me demande si je ne dois pas apprendre à vivre sans elle, qui me connaît pourtant si bien.

C'est l'ivresse dramatique, celle qui pose des questions sans jamais en donner les réponses. C'est l'ivresse malsaine, dont je n'arrive pas à déterminer si je la déteste ou si je l'aime.

Mais surtout, ces derniers temps, j'ai trouvé l'ivresse de vie. Elle est partout à la fois. Elle est comme ce duende qui m'emporte lorsque je joue. Sa musique me fait ressentir des vibrations contre les lèvres, contre les tympans, jusqu'à m'en rendre sourde. Elle me fait tituber dans la nuit noire, zigzaguant entre plusieurs chemins. Il m'arrive de chuter, mais je me relève sans ressentir la douleur, avec une simple blessure qui disparaîtra au bout de quelques jours. Elle est sympathique et peut me côtoyer pendant des heures sans jamais s'en lasser. Parfois, elle essaie même de trouver des excuses pour rester avec moi jusqu'au bout de la nuit. Elle est câline, m'embrassant tendrement lorsque je m'endors avec elle. Je sens son souffle chaud contre ma nuque, cela m'apaise même si mon cœur n'en bat que plus fort.

C'est l'ivresse simple, celle qui ne laisse le temps à aucune désillusion de prendre place. C'est l'ivresse atteignable, celle qu'on trouve lorsqu'on la cherche et qui repart sans rechigner.

C'est l'ivresse parfaite, qui m'a aidée à guérir de l'ivresse acide et dire au revoir à l'ivresse malsaine.