dimanche 7 mars 2010

Insurmontable

Ris plus fort, et parle-moi
[Aurore — 21 ans.
Cédric — 22 ans.]

Je cours à perdre haleine et j'en ai le cœur qui bat la chamade. J'ai la poitrine oppressée, et mon contrôle s'échappe entre mes doigts. J'ai juste croisé son regard, et j'ai ressenti le besoin irrésistible de m'enfuir, loin, vers un endroit où il ne me retrouverait pas. Je ne veux plus être le seul objet de ses yeux perçants qui comprennent chaque détail de mon passé, et qui brillent d'une lueur insupportable de compréhension. Ce qu'il m'a dit était sincère : il compte bien me faire surpasser cette douleur qui s'est confortablement installée en moi. Je n'ai pas vu de compassion, juste de l'amour, et un désir d'être à l'origine de ma cicatrisation. Mais j'ai peur. Peur d'oublier cette blessure, peur qu'elle s'ouvre à nouveau lorsque lui aussi m'abandonnera. Je ne suis pas prête ; la souffrance fait partie de moi, je veux qu'elle reste là, je veux m'y accrocher ; elle me tiraille et je sais que tout est réel. Je ne veux pas aller mieux pour me rendre compte qu'un garçon comme Cédric n'existe pas et que mon monde s'écroulera de nouveau. J'en ai marre des promesses qu'on me fait, je ne veux pas croire qu'il tiendra les siennes. C'est moins pire qu'avant, mais j'ai encore tellement mal. Je veux qu'il me laisse tranquille.

Mais je veux qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise que tout ira bien, qu'il m'attendra, qu'il m'aime, que le monde est comme ça. Je veux qu'il me dise que j'ai le droit d'avoir mal, qu'il n'est pas là pour remplacer Aurélien ni pour me le faire oublier mais juste pour m'aider à y voir plus clair. Mon cœur bat si fort, je suis essoufflée, j'aimerais que tout s'arrête.

— 14h28